Gevrey Chambertin 2017 Dégustation du Roi Chambertin

2017 a offert à Gevrey Chambertin une magnifique récolte tant en volume qu’en qualité de raisins. Pour résumer l’année :

• Hiver froid.

• Début de printemps sec et assez chaud . Conséquence : débourrement de la vigne précoce dès fin mars. Gelées fin mars sur les 1ères feuilles. Les vitis se mobilisent pour brûler de la paille au bord des vignes.

• Floraison dès fin mai par temps chaud et très rapidement en 3 jours. Ce qui laissait espèrer une vendange début septembre avec beaucoup de raisins.

• Juin fut très chaud avec des t° élevées ce qui durcissa la peau des raisins. Orages sans grêle ensuite, les baies ont grossi avec des peaux solides qui ont résisté aux mildiou et oïdium.

• Fin juillet, la véraison (les grains passent du vert au rouge) s’engage harmonieusement avec de grosses grappes parfois compactes et toujours saines.

• Août chaud et sec, la maturation des raisins s’accélère avec un gain en sucre rapide. A la fin du mois, arrivée des pluies qui permirent la maturité essentielle pour la qualité du millésime.

• Les vendanges commencèrent le 6 septembre.

Conclusion globale: Les volumes sont généreux après 2 années de disette, Les maturités sont bonnes, les vins très charmeurs avec des degrés modérés.

Dégustation du Roi Chambertin…une centaine de vins de 41 viticulteurs

Dans les Villages : Sylvie Esmonin mène la danse avec des matières concentrées, son vieilles vignes encore davantage, mais avec de l’élégance et de la pureté et un boisé certes bien présent mais quand même bien intégré. Charlopin vieilles vignes au nez racé, bouche puissante, corsée et un élevage subtil. Naigeon Meix Bas à la bouche concentrée,fruitée et épicée (clou de girofle et poivre). Mortet Thierry un exemple de pureté de fruit, de finesse et d’élégance. …Une profusion de bons villages et une qualité d’ensemble cohérente.

Dans les 1er crus : Bruno Clair Les Cazetiers : avec une bouche concentrée mais élégante, encore marqué par l’élevage et les épices. Sylvie Esmonin St Jacques, nez complexe et une bouche élégante mais ample, gourmande et bien élevée. Leclerc Philippe Cazetiers, au nez intense et corsé, la bouche concentrée, corsée, riche avec une belle allonge. Mon coup de cœur : Gallois Dominique La Combe aux Moines à la robe concentrée, le nez riche sur les fruits bien mûrs avec des nuances boisées, la bouche est aussi riche et du même gabarit aromatique que l’olfactif.

Les Grands crus se caractérisent dans leur ensemble par une grande cohérence dans la finesse, l’élégance, encore bien marqués par le fut. Ils sont expressifs, parfumés et corsés. Difficile de mettre en exergue dans la grande qualité d’ensemble un cru en particulier, néanmoins je citerais le Charmes Chambertin de Humbert Frères par son élégance, sa richesse, sa race et son allonge. Quelques cuvées issues des vignes en haut de coteaux se révèlent un peu plus minces.

Frédéric Berne et son Beaujolais Nouveau Né

http://www.fredericberne.com/

De son Beaujolais Nouveau issu du grand millésime 2018, Frédéric en parle avec plaisir et il a le droit d’être fier de son beau bébé. D’abord il est issu d’un tout grand millésime… de soleil et surtout de parfaite maturité, les raisins étaient au top de ce que l’on peut espèrer. Et c’est un vrai vin, loin des schémas qui ont écornés l’image et la réputation des Beaujolais primeurs. Donc loin des régimes de bananes, des parfums isoamyliques trop prononcés; on est vraiment dans le beau fruit rouge exprimé par une fermentation classique au cours de laquelle on a recherché la pureté du fruit natif du cépage gamay.

Bref, on découvre au nez de beaux parfums de fruits rouges fraise, framboise, cerise griotte mûre. En bouche, d’emblée un bel équilibre entre l’acidité et les tanins étonnament mûrs et donc non prédominants. Une sensation globale séduisante et très aboutie pour un vin si jeune.

Ce Beaujolais Primeur est assurément une belle introduction à ce que sera l’ensemble de la gamme des Beaujolais 2018 du domaine.

Les beaujolais Primeurs reviendront en force si tous les viticulteurs de cette belle région travaillent dans le même sens que Frédéric ! 

Coût d’un hectare de vigne en France….

Vaucluse vign

Le prix moyen des vignes des principales appellations en 2017.

Idealwine s’est procuré le rapport annuel de la Safer sur le prix des terres, et en voici la synthèse. Presque partout, le prix des vignes est à la hausse, surtout dans les appellations les plus prestigieuses.

A Bordeaux

(prix d’un hectare de vigne, évolution par rapport à l’année précédente)

Pauillac : 2 000 000 €/ha1 (-0,79%)
Saint-Estèphe : 450 000 €/ha (+17,49%)
Saint-Julien : 1 200 000  €/ha (-0,79%)
Moulis : 80 000 €/ha (-0,7%)
Listrac : 75 000 €/ha (-0,8%)
Pessac-Léognan :  450 000 €/ha (-0,8%)
Sauternes : 30 000 €/ha (-15%)
Pomerol : 1 500 000 €/ha (+14,5%)
Saint-Emilion : 250 000 €/ha (+7,85%)
Fronsac : 30 000 €/ha (-15%)

En Bourgogne

Les grands crus : 6 000 000 €/ha (+8%)
Les premiers crus blancs : 1 536 000 €/ha (+4,1%)
Les premiers crus rouges : 650 000 €/ha (+2,3%)
Chablis : 164 000 €/ha (+4,99%)
Chablis premier cru : 350 000 €/ha (+0,3%)
Mâcon blanc : 65 000 €/ha (-0,8%)
Pouilly-Fuissé : 240 000 €/ha (-0,8%)

En Champagne

Côte des Blancs : 1 472 200 €/ha (-4,7%)
Côte d’Epernay, Grande Montagne : 1 188 900 €/ha (-0,19%)
Autres régions (Marne) : 1 040 000 €/ha (+1,17%)
Aube : 1 004 100 €/ha (+2,52%)

Dans le Rhône

Saint-Joseph : 120 000 €/ha (+9%)
Hermitage : 1 100 000 €/ha (-0,8%)
Cornas : 450 000 €/ha (-0,8%)
Crozes-Hermitage : 120 000 €/ha (+8,21%)
Châteauneuf-du-Pape : 405 000 €/ha (+3%)
Gigondas : 180 000 €/ha (-0,8%)
Vacqueyras : 90 000 €/ha (-0,8%)
Ventoux : 20 000 €/ha (+10,5%)

Dans la Loire

Sancerre : 160 000 €/ha (+9,44%)
Pouilly-Fumé : 155 000 €/ha (-0,8%)
Bourgueil : 20 000 €/ha (1%)
Chinon : 22 000 €/ha (-1%)
Montlouis-sur-Loire : 9 000 €/ha (+11,1%)
Vouvray : 21 000 (-1%)
Saumur : 14 000 €/ha (+2,9%)
Touraine : 8 000 €/ha (-1,2%)
Anjou : 14 000 €/ha (+6,87%)
Saumur (Maine-et-Loire) : 19 000 €/ha (-1%)
Saumur-Champigny : 58 000 €/ha (0%) (un chiffre qui ne prend pas en compte le rachat du Clos Rougeard par Martin et Olivier Bouygues en 2017, ce qui traduit des choix méthodologiques spécifiques.)
Muscadet : 10 000 €/ha (-1%)
Muscadet Sèvre-et-Maine : 12 000 €/ha (-0,8%)

En Alsace

Alsace (Bas-Rhin) : 106 000 €/ha (+6,1%)
Alsace (Haut-Rhin) : 153 600 €/ha (+6,7%)

Dans le Jura

Arbois : 36 000 €/ha (-0,8%)
Château-Chalon : 55 000 €/ha (-0,7%)
Côtes du Jura : 27 000 €/ha (+3%)
L’Etoile : 23 000 €/ha (+3,6%)

Dans le Sud-Ouest

Jurançon : 40 000 €/ha (-0,7%)
Madiran (Pyrénées-Atlantiques) : 15 000 €/ha (-0,7%)
Madiran (Hautes-Pyrénées) : 18 000 €/ha (-0,5%)
Madiran (Gers) : 16 000 €/ha (-0,6%)

Dans le Languedoc -Roussillon

Fitou : 11 000 €/ha (-0,9%)
Languedoc – Pic Saint-Loup : 40 000 €/ha (+4,44%)
Languedoc – Terrasses du Larzac : 20 000 €/ha (+16,96%)
Saint-Chinian : 12 000 €/ha (-0,8%)
Faugères : 16 000 €/ha (-0,6%)

En Provence

Cassis : 100 000 €/ha (-0,8%)
Bellet : 245 000 €/ha (-0,8%)

En Corse

Calvi : 18 000 €/ha (-28,6%)
Patrimonio et Coteaux du Cap Corse : 40 000 €/ha (-0,7%)
Ajaccio : 25 000 €/ha (+23,8%)
Vin de Corse (Figari, Sartène, Porto-Vecchio) : 25 000 €/ha (-0,8%)

1 Prix moyen (€ constants /ha) ; variation 2017/2016.

Source : Safer via le site de Idealwine

https://www.idealwine.net/combien-coute-un-hectare-de-vigne/?utm_campaign=FR_Journal_20181020&utm_content=23742083582&utm_medium=FID-EMAIL&utm_source=JOURNAL

Les vendanges 2018, en direct du Languedoc…les sentiments d’un œnologue au four et au moulin!

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Sébastien Martin est dans les feux de l’action, il gère les vendanges de plusieurs domaines du Languedoc; il nous livre ses sentiments en ce début octobre….

(Photos de Sébastien Martin)

Avant la vendange, une situation théorique…..

Un millésime exceptionnel se présageait : pluies reconstituant les réserves cet hiver, un orage mi juillet assorti de celui de mi août, un bel ensoleillement pour finir sur une saison exceptionnellement longue puisqu’il fait un temps d’été jusqu’à ces derniers jours … de quoi appréhender le millésime calmement et sereinement.

Oui Mais….

C’était sans compter les chaleurs écrasantes de cet été. Et la crise de mildiou qui a sévit suites aux pluies de cet hiver qui ont eu le défaut, pour certains viticulteurs qui se sont fait surprendre, d’empêcher de traiter correctement. Les conséquences en sont parfois dramatiques en termes de quantités.

Pour les producteurs qui ont pu cadencer leurs traitements de façon intensive, la récolte s’avère pléthorique puisque la floraison aura été généreuse.

Les fortes chaleurs et leurs conséquences…..

Les fortes températures de juillet et août ont eu des conséquences également sur la qualité des raisins au niveau tannique et dans le cadre de la maturité phénolique. La plante a produit des tanins verts difficiles à mûrir. D’où un durée de vendanges significative accentuée par la charge portée par les pieds. Des raisins « à prendre avec des pincettes » donc pour ne pas obtenir des vins tout aussi verts et maigres.

Les fortes chaleurs induisent le flétrissement par evaporation de l’eau. Et parfois, pour les grappes surexposées au soleil, une grillure, du dessèchement s’en suivent.

La situation sanitaire a également engendré une incohérence des calendriers de récolte. Nous avons vendangés les cépages dans le désordre total puisque chaque parcelle avait sa propre charge, son propre état sanitaire (le mildiou entraine une chute des quantités sur souches) ainsi que les objectifs pour lesquels elle est attitrée.

Le choix de la date de vendange……

La patience est donc à nouveau le maître mot des œnologues qui auront dégusté les parcelles dans l’attente de la bonne maturité phénolique (*): les bons tanins, soyeux et les arômes de fruits prennent la place des saveurs herbacées (odeurs végétales, amertumes et verdeur).

Malheureusement, les prévisions météo pessimistes précipitent les décisions et nous poussent à récolter pas très loin de cet objectif : beaucoup de travail nous attend donc semaine prochaine pour travailler tous ces moûts rentrés rapidement.

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Aux petits soins pour la vendange…..Rien de tel que la vendange manuelle!

La vendange au chais…..

La phase de vinification : toute en prudence pour ne pas trop extraire, rester féminin et moderne … les méthodes sont donc à repenser pour ne pas commettre d’erreur et rester dans le plaisir.

Un millésime enthousiasmant et enrichissant par les remises en cause qu’il nécessite et parce que la nature et le climat mettent encore plus en exergue les spécificités de chaque cépage et terroir cette année.

(*)Il existe des analyses pour les polyphénols, mais je déguste sur parcelle. Cela permet d’ apprécier la globalité de la situation pour prendre une décision : état sanitaire, feuillage et exposition de la parcelle.

Cette rubrique en direct du terrain témoignent de la difficulté du métier d’œnologue.

 Je vous l’avais dit….l’œnologie, c’est comme la médecine …..tout un ART !languedoc 2018 Coucher soleil (Copier)

Les vendanges au château Cheval Blanc

Une journée de vendange racontée par Angelique de Lencquesaing 28 septembre 2018

Le week-end dernier, on vendangeait ! En direct du Château Cheval Blanc, récit d’une journée un peu rare, en immersion au sein d’une équipe formidable.

L’adorable équipe du Château Cheval Blanc n’est jamais à court d’idées. Surtout quand il s’agit d’ouvrir généreusement les portes de sa belle propriété pour y accueillir amis, sommeliers, négociants et amateurs. Les Vendanges « off » sont de ces évènements que l’on ne manquerait sous aucun prétexte. D’autant qu’elles sont devenues une institution, depuis que Pierre Lurton a initié cette journée destinée à remercier l’ensemble des acteurs qui avaient contribué à façonner le nouveau chai, conçu par Christian de Portzamparc et inauguré en 2011. Quelle journée ! Allez, c’est parti.

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Le meilleur petit-déjeuner du monde ! Là, l’équipe de vendangeurs d’un jour se réchauffe doucement aux premiers rayons du soleil sur les toits du chai en écoutant le briefing.  Souriant et calme, Pierre-Olivier Clouet, Directeur technique de Cheval Blanc, nous décrit le terroir protéiforme de la propriété. 39 hectares, 53 parcelles, 10 types de sol, trois cépages et des vignes plantées entre 1920 et 2018 : le vignoble de Cheval Blanc est assurément un « orchestre symphonique » selon les termes de Pierre-Olivier, qui manie la baguette avec autant de souplesse que de simplicité. Avec lui, tout parait facile. La journée s’annonce bien.

Chacun de nous vendange sous le contrôle d’un pro du domaine. Pierre Lurton connait Cheval Blanc comme sa poche. Normal, il a rejoint la propriété en… 1991. Il me confie aux mains expertes de la très énergique Steffanie.

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Regardez comme ces raisins sont magnifiques. Vous aurez bien sûr reconnu les merlots, issus d’une parcelle plantée dans les années soixante (les vignes sont à peine plus âgées que moi, quelle vitalité !). Contrairement à nombre de propriétés de Saint-Emilion, le merlot n’est pas majoritaire à Cheval Blanc. Le cépage phare du vignoble, ici, c’est le cabernet franc. Et ça fait 150 ans que le propriétaire de l’époque, Jean Laussac-Fourcaud en a décidé ainsi. Sa présence à 60% dans l’assemblage lui confère un statut qui distingue Cheval Blanc de tous les autres. Plus tardif, il ne sera récolté que début octobre.

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S’agenouiller. Couper. Ne pas se couper (les doigts). Regarder les grappes tomber délicatement dans les paniers. Se relever, glisser d’un petit mètre. Recommencer. Mon cours de barre au sol du samedi matin, en comparaison ? Une plaisanterie.

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Le ratio, c’est un porteur pour quatre vendangeurs. Les raisins sont ensuite rapidement acheminés jusqu’au chai. Les vendanges s’étalent cette année sur près d’un mois. Selon la jolie expression employée par Pierre-Olivier Clouet, une cinquantaine de fidèles vendangeurs « picore » de parcelle en parcelle pour récolter les raisins à leur exacte maturité. C’est l’une des obsessions de Cheval Blanc. Conserver au vin son expression florale et sa fraîcheur élégante, éviter à tout prix la sur-maturité, la confiture ou le pruneau.

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Vous l’apercevez, le chai, au fond de la rangée ? C’est long, un rang de vigne… Au cours de la matinée, nous aurons vendangé un hectare entier. Et il parait que « nos » raisins sont de qualité suffisante pour entrer dans le grand vin. La consécration, en quelque sorte.

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Retour au chai. Attention, les raisins vendangés ce matin ne seront triés que demain. Pour l’instant, ils se reposent, au frais. Traitement VIP. Ils seront au passage soigneusement pesés, afin de déterminer la contenance de la cuve dans laquelle ils vont être vinifiés. C’est ça, la vinification parcellaire. Pas de mélange. Nous trions donc les baies récoltées hier, pour écarter celles qui ont souffert du mildiou.

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Impressionnante et redoutablement efficace, la machine à érafler.

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Deuxième étape de tri des baies. A ce stade, on n’a pas vraiment envie d’écarter grand-chose cette année. Du caviar…

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Passionnante, la dégustation des jus issus de parcelles aux caractéristiques distinctes. Le jus plus clair est issu de raisins fraîchement récolté. Savoureux. Celui qui est vient d’un sol composé d’argiles bleues recouvertes d’une roche riche en oxyde de fer (le 3e en partant de la gauche) dévoile de succulents arômes de pêche… de vigne :-). Mais il parait que ceux-ci s’estompent avec le temps. On en redemande.

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La cartographie des terroirs de Cheval Blanc démontre le soin avec lequel est mené ce vignoble, véritable mosaïque de sols dont la variété est sans équivalent à Saint-Emilion : de l’argile, des croupes de graves, du sable : rien ne manque. Nicolas Corporandy, chef de culture, n’a pas son pareil pour vous décrire le soin avec lequel chacune des parcelles est cultivée, à la manière d’un jardin. Ici, on pratique la culture raisonnée du vignoble, on utilise des engrais naturels, on laboure. On ne veut pas entendre parler de bio à Cheval Blanc, mais pas pour de mauvaises raisons. Nicolas Corporandy se refuse à faire usage du cuivre, matériau lourd qui abîme durablement les sols. En revanche, il suit attentivement les récents essais menés à base d’algues, pour lutter contre le mildiou. Une alternative au cuivre ? A suivre…

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Article issu du blog d’Idealwine
https://www.idealwine.net/vendanges-off-2018-une-carte-postale-du-chateau-cheval-blanc/?utm_campaign=FR_Journal_20180929&utm_content=23742083582&utm_medium=FID-EMAIL&utm_source=JOURNAL

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait de Sébastien Martin, œnologue languedocien et gérant d’ALTEROENO

La profession d’œnologue est mal connue du grand public et même des oenophiles, l’œnologue est souvent perçu comme le chimiste interventionniste manipulant la vinification et le vin.

Démystifions cette profession complexe au travers de l’activité de Sébastien et au travers de la société ALTEROENO, société de consultance technique, qui procure assistance à de nombreuses propriétés languedociennes.

Sébastien Martin obtient son diplôme national d’œnologue (*) à la faculté de Montpelier en 1997. De 1998 à 2004, il partage son temps d’œnologue volant entre la France, le Royaume uni, l’Espagne, l’Australie et le Chili. De 2004 à 2010, il dirige la cave coopérative de Florensac dans l’Hérault. Depuis 2010, il joue le rôle de consultant transversal au sein de la société languedocienne ALTEROENO (**) dont il est le gérant.

SBM

JN Gosselin : Sébastien, comment la société Alteroeno appréhende-t-elle sa mission de consultance compte tenu de l’évolution de la viticulture languedocienne ?

Sébastien : Il y a d’abord notre désir de faire émerger de nos terroirs des crus à forte personnalité, identitaires qui mettent en lumière la vision et le travail ardu de nos producteurs.

Ensuite, la société Alteroeno se doit de répondre au besoin de notre société qui exige non seulement des produits d’une qualité organoleptique irréprochable, mais exige en plus de la part des producteurs qu’ils fassent preuve d’une attitude éco-responsable dans la gestion de leur propriété. Alteroeno veut donc s’inscrire totalement dans un partenariat qui répond à cette double exigence sociétale.

JNG : Cela veut-il dire qu’Alteroeno promeut une viticulture Languedocienne s’orientant à terme vers le 100% bio… ?

Sébastien : Le viticulteur est d’abord un artisan, un homme de la terre cultivant sa vigne avec passion, conscient qu’il doit fournir un produit d’une qualité sans cesse croissante. Cet aspect des choses l’oblige à innover, s’adapter et à revoir sans cesse ses méthodes de culture et de production. C’est une vision nouvelle qui exige de sa part une attention, une rigueur et une remise en question de tous les instants, tous les paramètres sont importants dans cette profession. AlterOeno doit aller dans le même sens et doit même être un précurseur; c’est donc un challenge qu’elle se doit de relever dans son partenariat avec les producteurs. La démarche vers le bio de toute l’activité languedocienne s’inscrit donc dans cette évolution qui semble à terme inéluctable. Alteroeno synthétise l’ensemble de ses compétences afin d’opérer en tant que maître d’œuvre pour des projets viticoles authentiques et enthousiasmants à destination finale de consommateurs oenophiles exigeants et responsables. Nous vivons notre passion par le biais de nos partenaires. Nous travaillons dans un environnement naturel exceptionnel, chaque exploitation a son âme particulière qui pour nous est source de plaisir et d’inspiration.

Ch Figuiéres La Clape

       Vignes de Château Figuières dans l’AOP La Clape, propriété partenaire d’Alteroeno

JNG : Alteroeno, Chef d’orchestre et Chef étoilé…. ?

Sébastien : Ces deux fonctions résument notre rôle pour aboutir à un produit à chaque fois unique d’Excellence tant au point de vue sensoriel que sanitaire. Loin de l’hyper connectivité et de ses algorithmes, notre métier est d’abord baigné de sensations et de passion sans oublier le côté rationnel de notre assistance technique. Nous sommes en quelque sorte des gastronomes car le vin est d’abord générateur de plaisir sensoriel mais aussi des chefs d’orchestre car notre consultance ressemble à certains égards à une partition de musique.

JNG : Concrètement, comment s’opère l’assistance œnologique pure, je pense particulièrement aux analyses que votre laboratoire effectue au cours d’une année et surtout à partir du moment où la vendange rentre au chais ?

Sébastien : nous dégustons les baies de chaque parcelle que nous suivons, de sorte à pouvoir définir le profil de maturation, donc la future date de récolte en fonction des objectifs vin. Cette date se trouve souvent dans un créneau très court au-delà duquel nous parlerons de surmaturité, il faut donc être très réactif. Cette étape nous permet également d’affiner les process que nous emploierons pour la phase de vinification. Alteroeo ne réalise pas d’analyses, les domaines les sous-traitent aux laboratoires habituels.

À partir de l’instant de la récolte, nous sommes présents afin de calibrer les équipements, valider les compétences dans le but de préserver la qualité intrinsèque des raisins jusqu’au stade de la mise en bouteille. Et passer le plus souvent possible supporter nos vignerons dans les décisions quotidiennes.

JNG : Quelle est votre approche dans l’usage des sulfites auprès de vos propriétés partenaires ? Je présume que vous préconisez un usage parcimonieux minimal ?

Sébastien : le SO2 est nécessaire dans le cycle de conservation des mouts et des vins. Notre indicateur est le SO2 total, qui doit être le plus faible possible. D’où une gestion des autres paramètres tels que l’hygiène, la cadence d’ajout, la dose ajoutée pour être efficace et ne pas agréger.

JNG : On goûte encore souvent des vins qui apparaissent lourds, peu élégants, confiture de fruits rouges oxydée, parfois même des arômes proches de la tisane de bois et qui sont le résultat entre autre d’élevage inadéquat en barrique âgée. Par contre, heureusement d’autres apparaissent comme précis aromatiquement, proches du fruit cueilli à juste maturité et dont on a tout fait ensuite pour préserver cet état frais et élégant. Vos partenaires sont ils conscients que seule la seconde option sera payante dans l’avenir ?

Sébastien : j’ai débuté ma carrière sous l’égide des goûts inhérents au marché anglais. Cela m’a appris les gestes techniques qui vont dans le sens de la finesse et de l’intensité aromatique. Mes clients producteurs sont des amateurs avertis, dont une part significative de femmes. Nous œuvrons donc d’un commun accord pour libérer le fruit et la finesse de leurs raisins. Déguster les baies de chaque parcelle me permet de déclencher la récolte avant cet état de surmaturité.

(*) A Montpellier Sup Agro, la formation d’œnologue est uniquement accessible aux étudiants inscrits au diplôme d’ingénieur agronome, option viticulture-œnologie, ou aux étudiants inscrits au Master International « Sciences et technologies de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement «  option Vigne et Vin, ou aux titulaires d’une licence dans les domaines des sciences biologiques, chimiques, biochimiques, agronomique.

(**) AlterŒno Services est une entreprise Languedocienne qui assure la gestion technique et commerciale de plusieurs domaines viticoles. Elle accompagne les propriétés sur des missions transversales tant en appui technique (optimisation des styles, de la valeur ajoutée, de l’ergonomie des procédés) que stratégique (management de transition, projets stratégiques d’entreprise, accompagnement des dirigeants et des salariés). Elle est située à Tressan dans l’Hérault.

Le petit vignoble des Monts de Frasnes dans le pays des collines….une passion, un hobby, un laboratoire…. ?

JP1050819 (Copier)Jean-Christophe Verschelde, consultant vins au sein du département « Colruyt Wines Belgium » a réalisé son rêve en 2012; il a en effet acquis 1 ha de terrain en friche, en côteau bien exposé au sud, dans le pays des collines sur la commune de Frasnes lez Buissenal en Belgique….une aubaine et une occasion unique à quelques enjambées de son lieu de vie de mettre en pratique la vie de vigneron,  monde fascinant qu’il côtoye de par sa profession depuis 2001. Il y a planté du Pinot Noir, du Pinot Auxerrois, du Chardonnay, du Pinot Blanc et même du Muscat d’Hambourg.

Questions à Jean Christophe…….

Question : Comment s’est effectué le choix des cépages ?

Jean Christophe: Sur base de ce que j’ ai pu observer au GD Duché du Luxembourg, en me disant que nos climats n’étaient pas aussi différents l’un de l’ autre… et puis je n’ avais pas envie de cepages hybrides pour des raisons de dégustation. J’avais déjà pu déguster des solaris ou régent qui ne m’ont jamais convaincu.Les plants ont été acquises chez un pépiniériste du Grand Duché.

Question : Quand avez-vous pu cueillir vos premières grappes de raisin pour les transformer en vin ?

Jean Christophe: En 2015, soit la 4eme année si on considère que 2012 fut la 1ere.

Question : Quelle est votre philosophie en matière de traitements contre les principales maladies du vignoble à savoir l’oïdium et le mildiou ?

Jean Christophe: Pas de chimie de synthèse du tout implique un gros travail de prévention : effeuillage, désherbage mécanique du sol, épamprage et retrait des entre-cœurs pour restreindre la masse végétale et favoriser la ventilation entre les feuilles et les grappes.. et ça fonctionne plutôt bien..

çà demande aussi de la rigueur: les produits de contact utilisés en bio (bouillie bordelaise et soufre mouillable) sont lessivables dès 10 mm de pluie consécutive, du coup,il faut agir dans les delais.

Question : Quelles autres ravages constatez-vous pour lesquels vous devez  être vigilant ?

Jean Christophe: Il y a bien un peu d’ Erinoze qui demande aussi un traitement au soufre mais la contamination est lente et se gère facilement.

Question : Quelles sont vos principales interventions pour maîtriser la croissance de la vigne et de manière générale en fonction du déroulement de l’année viticole?

Jean Christophe: Nous sommes sur un sol fertile (limon et schistes), ce qui décuple la croissance des ceps. La seule solution est de tailler, retailler comme tout en chacun qui taille ses haies pour les contenir.

Question : Quelle type de taille pratiquez-vous ?

Jean Christophe: Du guyot double, donc 2 sarments’ avec chacun 5 à 6 yeux.

Question : Comment gérez vous la maturité de vos raisins et donc la détermination du moment de la vendange ?

jean Christophe: Le réfractomètre me suffit pour determiner le niveau de sucres du raisin. C est déjà un excellent indicateur. Ensuite, il y a la dégustation  des baies, tous les 3 jours en septembre: ça permet de juger la pulpe, la couleur et le goût des pepins, la structure de la peau.

Question : Vous effectuez des microcuvées, quelles sont vos interventions à partir du moment où la vendange est foulée et pressée?

Jean Christophe: L’ objectif pour nous est de préserver la matière première et de la traduire sans artifice. Du coup, un maximum de protection contre l’ oxygène s’ impose, le bon sens reste la meilleure arme ainsi que le minimum de manipulations.

Dans cette optique, je constate que l’élevage sur lies est indispensable, ces lies réductrices protègent efficacement le vin dans sa cuve. La gestion du soufre ne se fera que lors d’un décuvage et à la mise en bouteille

Question : Pour le moment, seuls quelques ares parmi l’hectare de friche sont plantés de vignes…envisagez vous de poursuivre l’extension de votre vignoble ?

Faire du vin donne un sentiment extraordinaire.. on créé quelque chose de concret et qui traduit de la convivialité, de l’émotion et du partage.. c est juste génial ! On verra avec le temps….step by step.

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Le 23 juillet, les grappes de Pinot Auxerrois étaient déjà bien charnues….espérons que ce temps miraculeux puisse se maintenir encore 1 mois conclut Jean Christophe……

 

 

FITOU TOUR 2018 à Bruxelles

Le 14 juin dernier, avec la complicité du magazine œnologique belge « In Vino Veritas » (*), Philippe Cros (Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc), Alban Izard (Administrateur du syndicat Fitou et vigneron), Laetitia Buron (Atout Terroir) et Sarah Hargreaves (In the Mood Process) sont venus faire le point sur l’appelation Fitou et nous présenter la sélection « Les 12 Ambassadeurs » de l’appelation Fitou.

Rappel sur l’appelation Fitou….

Elle est d’abord la plus ancienne AOC rouge du Languedoc (1948) entièrement située sur le département de l’Aude ; elle s’étend sur 2600 hectares et produit environ 75 000 hectolitres de vin par an.

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Une situation géographique viticole unique avec 2 entités distinctes :

  • Fitou côté mer en bordure de l’étang de Leucate et de la mer, les vignes sont plantées sur des terres argilo calcaires et des sables éoliens.
  • Fitou côté montagne, dans l’arrière pays à plus de 20 Km dans les terres, au cœur du massif des Corbières et qui offre des terres de schistes et aussi des galets roulés; un sol donc plus exigeant aux rendements plus faibles et à la typicité plus marquée.

Le carignan trouve en Fitou ses meilleures expressions, associé au grenache noir et à la syrah.

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(*) Pour en savoir plus sur In Vino Veritas….. https://www.invinoveritas.be/

Les 12 ambassadeurs de Fitou 2018, 12 cuvées sélectionnées pour représenter Fitou…. 

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Château Candide 2016 Domaine Auriol ; Carignan 40%, Grenache noir 40%, Syrah 20%, Elevage en cuve ; 11€

Le nez est discret sur les fruits rouges. La bouche est entre la gourmandise et l’élégance, sur les fruits rouges avec une pointe d’épices ; une belle pureté de fruit. A boire sur le fruit natif.

L’Impulsif 2016 Domaine Esclarmonde ; Carignan 35% Grenache noir 35%, Syrah 30%, Elevage en cuve : 7.5€

Le nez est sur l’élégance des fruits avec une pointe d’épices. La bouche est du même gabarit sur la finesse, l’élégance, la concentration mesurée d’un beau coulis de griotte, les tanins sont fins et lisses.♥

Cuvée Classique 2016 Château Les Fenals, Carignan 30% Grenache noir 60% Syrah 10%, Elevage en cuve 10% ; 8€

Le nez est sur les fruits bien mûrs (cerise, mûre, fraise). La bouche est sur les mêmes fruits gourmands à parfaite maturité avec un superbe équilibre entre les constituants.

Noblesse du temps 2016 Domaine de la Rochelierre ; Carignan 30% Grenache noire 20% Mourvèdre 50%, Elevage 10 mois barriques neuves ; 20€

Le nez complexe libère des notes de fruits rouges bien mûrs avec une touche boisée et épicée. L’élevage est encore dominant en bouche, sur une structure encore assez tannique mais faite de tanins fins…attendre 2 ans. 

Cuvée Patrimoine Roma 2015 Château Abelanet; Carignan 50% Grenache noir 25% Syrah 25% ; Elevage 21 mois barriques neuves ; 21€

D’un rouge profond, le vin affiche un nez de fruits bien mûrs avec des notes de sous bois et d’épices. La bouche est équilibrée et le boisé est bien fondu.

Hommage 2015 Cave du Mont Tauch ; Carignan 34% Grenache noir34% Syrah 32% : Elevage 12 mois barriques neuves ; 21€

Le nez est séduisant sur un beau fruité mûr avec des effluves d’épices poivrées. La bouche est d’emblée gourmande, avec le même rendu aromatique que l’olfactif, équilibrée et chaleureuse.♥

Via Domitius 2015 Domaine de la Grange ; Carignan 25% Grenache noir 35% Syrah 20% Mourvèdre 20% ; Elevage cuve inox; 6.5€

Le nez est discret sur un fruité un peu rancio. La bouche est équilibrée et souple et du même effet aromatique que le nez.

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F de Cascatel 2015 Maîtres vignerons de Cascatel ; Carignan 40% Grenache noir 25% Syrah 35% : Elevage 12 mois barriques neuves cépages séparés ; 13.5€

Le nez est sur les fruits rouges très mûrs, presque confiturés. La bouche est concentrée, généreuse , gourmande.

Bel Amant 2015 Château Champ des Sœurs ; Carignan 25% Grenache noir 25% Mourvèdre 40% ; Elevage en cuve inox ; 12€

Le nez est sur un fruit à parfaite maturité. La bouche est solide, concentrée , les tanins sont encore bien présents et invitent donc à garder le vin 2 ans en cave.

Cuvée Prestige 2015 Domaine Lerys ; Carignan 50% Grenache noir 30% Syrah 30% ; Elevage en cuve ; 9€

Le nez est discret sur des fruits rouges doux et mûrs. La bouche est encore sur la réserve, encore assez tannique sur un fruit bien extrait.

Les Megalithes 2016 Domaine Bertrand Bergé : Carignan 90% Grenache noir 10% ; Elevage en cuve inox ; 14€

Le nez est envoûtant, concentré sur les fruits rouges et les épices. La bouche est du même gabarit, gourmande, sur la cerise noire bien mûre, avec des tanins encore solides mais non astringents invitent à l’attendre 2 ans.♥

Gabrielle 2015 Château de Nouvelles ; Carignan 60% Grenache noir 30% Syrah 10% ; Elevage 18 mois en barriques pour 40% du volume ; 16€

Le nez est élégant sur un coulis de fruits rouges bien mûrs avec une pointe de vanille. La bouche est équilibrée, entre la croquance et la gourmandise sur un fruit d’une belle pureté.♥

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Château La Peyre St Estèphe suite…..Bernard Magrez « Nous allons faire un trésor »

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L’homme d’affaires aux 42 châteaux explique à La Figaro Vin le projet qu’il entame à Saint-Estèphe.

Le Figaro Vin – Qu’est-ce qui a motivé votre investissement récent à Saint-Estèphe ? Bernard Magrez – Fin 2017, nous avons acheté un terroir que nous convoitions depuis une dizaine d’années : les 7 hectares du Château La Peyre. Il inclut 2 hectares très bien placés, au plus haut point de l’appellation, et bénéficie d’une typicité de terroir remarquable. A partir des raisins cultivés sur cette parcelle, nous allons faire un trésor. C’est dans un projet un peu spécial que nous nous lançons à Saint-Estèphe, mais aussi à Saint-Emilion, dans le Languedoc (où nous avons acquis un terroir voisin de la Grange des Pères) ainsi qu’en Espagne, dans la région du Toro. Nous y produirons des cuvées confidentielles de 10.000 à 12.000 bouteilles seulement. Cela se fait beaucoup en Napa Valley aux Etats-Unis, en Italie ainsi qu’en Espagne, où des propriétaires confectionnent des cuvées spécifiques produites en très petits volumes sur les meilleurs terroirs. Le vin issu des 5 autres hectares acquis du Château La Peyre sera quant à lui commercialisé sous le nom de Château Magrez-La Peyre.

LFV – Etes-vous satisfait de la qualité de votre première vendange à Saint-Estèphe ? BM – Elle a eu lieu en 2017 et la qualité ne trompe pas, elle est en adéquation parfaite avec ce que nous pressentions.

LFV – Comment cette cuvée sera-t-elle vinifiée ? BM – Elle sera vinifiée en partie en barriques et en partie en amphores de terre cuite. L’amphore apporte une pénétration de l’oxygène sans que le vin soit marqué par le bois.

LFV – Qu’avez-vous changé dans la gestion de la propriété ? BM – Beaucoup de choses. Chaque propriétaire a sa façon de mener les choses et nous avons fait la même chose qu’au Château Pape Clément : nous avons pris des initiatives qui font que la qualité ne pourra qu’augmenter. Nous avons limité les rendements, changé la taille, pratiqué des élevages et des vinifications plus longues que par le passé.

LFV – Comment se nommeront ces microcuvées ? BM – Leur nom proviendra de la mythologie grecque. Pour l’instant, nous avons déposé trois noms sur le plan mondial et j’en choisirai un dans les mois qui viennent. Cela crée une histoire, et les produits comme le vin qui s’inscrivent dans le subjectif ont besoin d’avoir une histoire ancienne. Comme nos autres vins, ils seront signés, sûrement avec une signature en travers de l’étiquette, très identifiable.

LFV – Quelle clientèle visez-vous ? BM – Celle qui a l’habitude d’acheter des grands crus classés de Bordeaux pour les découvrir, par obligation professionnelle parfois, mais aussi pour se singulariser. Ces gens qui ne boivent que de très grands vins, ceux que l’on nomme les « ultrariches » et qui ne sont pas gênés de s’offrir ce type d’émotion. Cette clientèle se trouve en Asie – à Shanghaï et à Hongkong – mais aussi aux Etats-Unis et en Europe de l’Est.

LFV – Comment ces microcuvées seront-elles distribuées ? BM – Elles ne seront pas commercialisées avant début 2020. Un lieu unique dans chaque pays sera chargé de distribuer ces quantités limitées par le biais du négoce. Un seul magasin à Hongkong, à Shanghaï, en Belgique, en Suisse, en Angleterre et aux Etats-Unis, vendra ces bouteilles.

LFV – Ces cuvées ne seront donc pas disponibles en France ? BM – Peut-être dans un second temps. Mais nous les dédions surtout à l’exportation car c’est sur ces marchés-là que nous avons identifié la demande.

LFV – En quoi l’appellation Saint-Estèphe s’est-elle réinventée ces dernières années ? BM – Des tiers sont entrés dans les investissements, comme la famille Bouygues au Château Montrose, Michel Reybier à Cos d’Estournel, Jacky Lorenzetti, ou encore le groupe Suravenir Assurances à Calon-Ségur. Avant cela, les châteaux n’appartenaient qu’à des familles. Les nouveaux propriétaires ont apporté beaucoup à la communauté, ils ont permis aux vins de faire des progrès qualitatifs. Quand des gens de l’extérieur arrivent, cela apporte aussi de la notoriété. On en parle sur le plan national et mondial. C’est un plus en termes d’image, surtout s’ils construisent des chais remarquables.

LFV – Quel est selon vous le futur de l’appellation Saint-Estèphe ? BM – Eu égard à la qualité du terroir et des propriétaires traditionnels comme des nouveaux arrivants, Saint-Estèphe a un grand avenir.

Enfin….mon petit doigt m’a dit que Bernard Magrez avait vendu TOUT son 2017 (issu de La Peyre) en primeurs au négoce autour de 40€ ht…soit 50% de plus que la Tour Carnet 2016…..Quel mec ce Magrez !… »l’Intelligence du vin »….. ?

Avec la connivence de mon ami et collaborateur d’écriture « Pascal le Bordelais »

En savoir plus : http://avis-vin.lefigaro.fr/vins-bordeaux/o136873-bernard-magrez-nous-allons-faire-un-tresor#ixzz5Hkx2ZHK3

Nécrologie en Médoc…In Memoriam de 3 sympathiques petites propriétés médocaines. Souvenons nous en et prions pour la survie de leur âme!

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Elles appartenaient à la famille dite des « Crus artisans », en quelque sorte la « France viticole d’en bas », des petites propriétés héritées de plusieurs générations, aux contours purement familiaux….un pur « Bonheur Intérieur Brut » patrimonial pour ces familles!

Cette classe des crus artisans n’est néanmoins pas la 3ème roue du carosse : il y a parmi elle de nombreuses cuvées qui rapport qualité-prix-typicité dament le pion à d’autres voisines plus côtées. Le dernier classement des crus artisans datait de 2006 et comptait 44 propriétés; aujourd’hui il n’en compte plus que 36 dont néanmoins 8 nouvelles. Ce classement sera désormais revu tous les 5 ans.

Trois propriétés m’avaient particulièrement « tapé dans les papilles » dans les années 2000…. voyons ce qu’elles sont devenues… !

Château Béhèré, Pauillac…

Anne-Marie et Jean-Gabriel Camou exploitaient leur petit domaine depuis 1977 au lieu-dit Pouyalet, hameau de Pauillac sur la route de St Estèphe. On ne pouvait imaginer voisinage plus prestigieux pour ce petit domaine situé au cœur des plus grands crus de l’appellation Pauillac….4.81 Ha morcellés entre Mouton-Rotschild, Laffite-Rotschild, Pontet Canet, Pédesclaux sur les meilleures croupes graveleuses du paysage viticole médocain. La vinification était réalisée dans le respect des méthodes traditionnelles, en cuve inox par cépage. Le vin était élevé en fût de chêne, douze à seize mois en barriques dont 30% neuves.

En 2015 à l’aube de la retraite et faute de successeurs, Mr et Mme Camou ont déposé l’outil. La convoitise ne s’est pas fait attendre. Mr Lorenzetti propriétaire du château Pédesclaux 5ème cru classé remportera la transaction, à raison de 1.4 millions d’€ l’hectare selon la presse locale.

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Dégustation d’un des derniers millésimes : 2010

Le nez est racé et fin sur le pruneau sec, le cacao, le pain toasté, le jambon fumé, la réglisse. L’attaque en bouche est tonique, sur une matière fruitée avec des tanins encore charpentés qui ont gardé la saveur du cabernet sauvignon natif. Les arômes de bouche reproduisent ceux de l’olfactif, typiquement médocains. L’ensemble est encore friand et croquant, il doit encore se fondre mais vu la qualité des tanins, certains apprécieront ce vin sur son fruit actuel plutôt que sur les arômes tertiaires.

Château La Peyre à St Estèphe

René Rabiller a repris la propriété de ses parents il y a une vingtaine d’années. Elle se composait de diverses parcelles d’une superficie de 7.5 hectares côtoyant les plus grands crus de la commune. Il produisait des St Estèphe typiques, précis et d’un superbe équilibre.

En 2017, aussi rattrapé par la retraite, il revend la propriété au célèbre gourou bordelais Bernard Magrez. Voici le communiqué de ce dernier suite à ce rachat, sans préciser le nom du domaine, ni le prix d’achat: » Ce vignoble portera le nom de « Clos Sanctus Perfectus » et produira aux alentours de 3.200 bouteilles. Il ne sera proposé que dans deux ou trois magasins spécialisés dans les principales capitales du monde », a-t-il déclaré. Cette nouvelle acquisition, au lieu-dit La Peyre, qui domine les vignobles de Saint-Estèphe, a été réalisée pour répondre à une demande particulière de grands initiés dans le monde des très grands vins (…) désormais en quête d’étiquettes très rares ».

Ils souhaitent « à la fois ressentir de nouvelles émotions de très haut niveau et surtout se singulariser en n’arrêtant plus leur choix aux tous premiers Grands crus classés, qui sont aujourd’hui consommés par de nombreux amateurs de vin et dont ils veulent se différencier« , a-t-il justifié.

Mon avis : On peut dire sans se tromper qu’il s’agit d’une comm marketing vinicole de tout haut vol…Chapeau ! On sent qu’il est conscient de la qualité de ce terroir, il détient une pépite et il en retirera toute la quintescence! Souvenons-nous que Ch La Peyre se vendait entre 16 et 18€ suivant l’année ! Suivons l’avenir de ce Clos Sanctus Perfectus…. !

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Dégustation du millésime 2015 :

Le vin révèle un nez fin et racé : se mêlent d’élégantes fragances empyreumatiques et boisées. La bouche s’affiche d’emblée presque fondue avec des arômes semblables à l’olfactif : résines de pin, brioche toastée, jambon fumé, encens, café, jus de viande rôtie sur un fond de baies noires. Le touché de bouche est déjà splendide d’équilibre sur des tanins veloutés aux grains fins, de style merlot médocain certes. La finale légèrement suave nous rappelle qu’il serait judicieux de le tenir 3 ans en cave, le temps de lisser l’ensemble, sinon carafons le 1 heure avant la dégustation ! Une maturité des raisins parfaite et une vinification moderne médocaine basée sur l’équilibre….Bravo !

Château Capdet, St Julien

Propriété de famille depuis plusieurs générations d’une superficie de 65 ares, directement contiguë au Ch Ducru Beaucaillou (2nd cru classé)….c’est tout dire de la qualité du terroir de graves garonnaises sur lequel repose ce petit vignoble. Mr Gérard Capdet, musicien à ses heures perdues, a travaillé pendant plus de 20 ans chez Mouton Rotschild. En 2017, il décide de remettre son petit domaine à un ami du Haut-Médoc propriétaire de Château Lauga. Le dernier millésime de château Capdet se vendait à 17€, le nouveau millésime sous le nom de Château La Fleur Lauga se vendra à 35€ selon nos sources mais expliquons simplement l’écart par un prix de rachat de la propriété suivant la valeur de l’endroit!

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Dégustation du millésime 2009 :

Le nez dévoile des arômes de jus de viande rôtie, de brioche toastée sur un fond encore à peine sur le fruit. La bouche est d’emblée franche sur des tanins fruités dotés d’une certaine mâche néanmoins non astringents. Côté aromatique, le fruit (les baies noires) est encore bien présent. L’ensemble est encore bien juvénile porté par des tanins fringants et offre un beau vin en plein devenir. A boire à partir de 2020.

….Ecrit avec la complicité de mon ami « Pascal le Bordelais ».